Traiter l’eau de mine grâce à l’énergie solaire

3 décembre 2025

Des opérateurs d’H2nanO observent le traitement de l’eau de mine sur le site Kearl dans le cadre des essais de la technologie SolarPass.

Zac Young et Tim Leshuk voulaient mettre au point une technologie de traitement de l’eau capable de s’attaquer à un défi « ambitieux et audacieux » à l’échelle mondiale.

Les deux étudiants au cycle supérieur en nanotechnologie de l’Université de Waterloo ont alors tourné leur regard vers l’Ouest, plus précisément vers l’eau des bassins de décantation utilisés dans l’exploitation des sables bitumineux.

« Le traitement de l’eau de mine au moyen d’une technologie peu énergivore, c’est un défi très canadien et particulièrement stimulant », indique M. Young, chef de l’exploitation et cofondateur d’H2nanO, entreprise qui a commencé à travailler sur cette technologie en 2015. « L’intérêt qu’ont manifesté les exploitants de sables bitumineux à établir un partenariat pour faire progresser cette innovation nous a d’ailleurs grandement aidés. »

L’entreprise a mis au point une technologie de traitement de l’eau novatrice appelée SolarPass🅪, qui fait appel à des billes photocatalytiques flottantes qui se servent de la lumière du soleil pour dégrader les contaminants difficiles à éliminer. Cette nouvelle approche a retenu l’attention de la COSIA, branche innovation de l’Alliance nouvelles voies, qui cherchait justement de nouvelles solutions peu énergivores pour traiter l’eau de mine.

Grâce à SolarPass🅪, les rayons du soleil frappent les billes et déclenchent une réaction chimique qui transforme l’eau et l’oxygène en oxydants capables de dégrader les contaminants organiques présents dans l’eau de mine.

« Le procédé fonctionne comme une multitude de petites usines chimiques qui utilisent la lumière du soleil comme source d’énergie », indique M. Young. « Les oxydants ainsi générés agissent comme des ciseaux moléculaires : ils s’attaquent aux grosses molécules issues du bitume, comme les acides naphténiques, et les découpent en fragments plus petits présentant moins de risques. Après une exposition suffisamment prolongée, ces contaminants finissent par être entièrement dégradés. »

Après une décennie d’essais, du concept en laboratoire aux tests hors site, H2nanO a achevé, plus tôt cet automne, une démonstration de son procédé photocatalytique sur le site Kearl de l’Impériale.

L’entreprise a construit un bassin modèle, comparable à une piscine hors terre. La structure comportait des canaux, en quelque sorte des couloirs, qui permettaient à l’eau de circuler en continu tout en étant exposée à SolarPass.

La collaboration avec l’Alliance nouvelles voies a permis à H2nanO d’accélérer le développement de sa technologie en l’aidant à obtenir 4,9 millions de dollars en subventions auprès d’Emissions Reduction Alberta, d’Alberta Innovates et du Clean Resource Innovation Network.

« SolarPass nécessite très peu d’énergie pour fonctionner, détruit les contaminants au lieu de produire des déchets destinés à l’enfouissement et n’exige ni d’acheminer, ni d’entreposer de produits chimiques dangereux sur un site », explique M. Young. « En reposant sur des procédés qui emploient peu d’énergie et qui produisent peu d’émissions de carbone, notre technologie de gestion de l’eau est conçue pour répondre aux objectifs de nos partenaires de l’industrie des sables bitumineux. »

H2nanO et l’industrie partagent la même approche ouverte pour ce qui est de collaborer avec les communautés autochtones sur les technologies de traitement de l’eau de mine.

« Tout au long du développement et de l’amélioration de notre technologie, nous avons dialogué avec les communautés pour cerner leurs points de vue et leurs préoccupations. L’objectif est de gagner leur confiance et de répondre aux attentes de tout le monde », soutient-il.

À la lumière des résultats obtenus jusqu’à maintenant, M. Young se montre confiant de pouvoir atteindre l’objectif « ambitieux et audacieux » que s’était fixé H2nanO il y a une dizaine d’années.

« Nous savons que cet enjeu est crucial, car les sables bitumineux constituent le cœur de l’industrie énergétique canadienne », estime M. Young. « Si ce secteur est appelé à croître, un défi particulier reste à relever, à savoir recourir à des solutions moins énergivores pour traiter l’eau de mine stockée sur les sites d’exploitation. En mettant au point de nouvelles technologies environnementales, nous travaillons à relever un défi que l’ensemble de la population canadienne souhaite voir résolu. »