Portrait d’un innovateur : Bernhard Mayer, au cœur de la recherche sur les générateurs de vapeur à passage direct (GVPD)
22 janvier 2026

Quand on évoque l’innovation dans l’industrie des sables bitumineux, on a souvent en tête des images de technologies de pointe et d’activités industrielles de grande envergure. Et derrière ces avancées se trouvent des scientifiques tels que le professeur Bernhard Mayer, dont la carrière de plusieurs décennies en géochimie des isotopes a façonné notre manière de comprendre et de relever les défis complexes que posent le secteur énergétique et les systèmes écologiques.
De Munich à Calgary : un parcours scientifique international
Le chemin qui a conduit Bernhard Mayer au rang de chercheur de premier plan au Canada commence à Munich, en Allemagne, où il décroche des diplômes universitaires en géologie et en géochimie. Ses premiers travaux s’inscrivent dans un contexte marqué par les enjeux environnementaux majeurs de l’époque : les pluies acides et la gestion des déchets radioactifs à la suite de la catastrophe de Tchernobyl. Ces expériences éveilleront chez lui un engagement durable : faire de la science un levier pour résoudre des problèmes concrets.
Après l’obtention de son doctorat, Bernhard Mayer part au Canada grâce à ses contacts professionnels. Il y poursuit d’abord une formation postdoctorale (de 1993 à 1994), puis il est nommé professeur à l’Université de Calgary en 1997. « J’étais au bon endroit, au bon moment », se souvient-il. L’Amérique du Nord offrait alors davantage de débouchés pour mettre en valeur son expertise pointue en géochimie des isotopes, une science qui utilise les isotopes stables comme traceurs afin d’identifier l’origine et la trajectoire des éléments dans l’environnement.
Si le terme « géochimie des isotopes » peut sembler ésotérique, ses applications sont à la fois concrètes et cruciales. Bernhard Mayer explique : « Les isotopes stables ne se désintègrent pas et leurs proportions peuvent révéler l’origine d’un composé. » Lors de l’exploitation des sables bitumineux, par exemple, l’analyse des isotopes permet de déterminer si le fer contenu dans les dépôts de tartre provient de l’eau d’alimentation des chaudières ou des conduites en acier, ce qui constitue une information capitale pour prévenir l’encrassement et la corrosion.
Des premiers tâtonnements à des solutions scientifiques contre l’encrassement
Lorsque Bernhard Mayer oriente ses travaux sur l’exploitation des sables bitumineux, il s’attaque à l’un des défis persistants de l’industrie : l’encrassement des générateurs de vapeur à passage direct (GVPD). Ces immenses unités sont essentielles à la production de vapeur lors des activités de drainage par gravité au moyen de vapeur (DGMV), mais l’entartrage et la corrosion peuvent entraîner des temps d’arrêt coûteux et des pertes de productivité.
« Au départ, le personnel d’exploitation procédait par essais et erreurs, et modifiait des paramètres sans comprendre scientifiquement pourquoi les résultats variaient », raconte Bernhard Mayer. L’objectif de son équipe était de remplacer ces conjectures éclairées par une approche fondée sur les données. Dans le cadre d’un projet financé par le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG), en collaboration avec la COSIA (de 2018 à 2023), l’équipe de Bernhard Mayer a alors caractérisé la séquence de formation des dépôts minéraux à l’intérieur des conduites des GVPD. Elle a ensuite commencé à déterminer les principaux paramètres de la composition chimique de l’eau qui influencent l’encrassement.
Grâce à une subvention de 2,5 M$ versée par l’Alliance nouvelles voies et le CRSNG, ces travaux se poursuivent aujourd’hui et mobilisent de 15 à 20 chercheurs dans plusieurs universités. La phase actuelle vise à définir avec précision les caractéristiques optimales de l’eau d’alimentation des chaudières en vue de minimiser l’encrassement, l’érosion et la corrosion, tout en réduisant la consommation d’eau et les émissions de gaz à effet de serre pour chaque baril de pétrole produit.
La collaboration comme catalyseur
L’un des principaux constats de Bernhard Mayer? Collaborer change complètement la donne. « Nous n’avons jamais coopéré de manière aussi étroite avec des experts de toutes les entreprises d’exploitation des sables bitumineux », souligne-t-il. Des rencontres mensuelles avec des spécialistes de l’industrie ont permis d’accélérer les avancées et d’éviter le dédoublement des efforts – un contraste frappant comparativement aux années précédentes, où les entreprises travaillaient en vase clos.
Lorsqu’on lui demande s’il se considère comme un innovateur, Bernhard Mayer hésite. « À mes yeux, je contribue plutôt au progrès scientifique », explique-t-il. Pourtant, ses travaux incarnent l’innovation à l’état pur : mettre en pratique des connaissances spécialisées pour relever des défis qui concernent l’ensemble de l’industrie.
Selon Bernhard Mayer, la réussite se mesure aux bénéfices concrets dont profitent les contribuables et le public. « Notre objectif est de réduire les dommages sur les GVPD, tout en optimisant la consommation d’eau et d’énergie des entreprises », indique-t-il. Grâce à ces efforts, l’exploitation des sables bitumineux pourrait gagner en efficacité, dans l’intérêt mutuel de l’industrie et de la société.
Le parcours de Bernhard Mayer rappelle que l’innovation n’est pas qu’une question de technologie : c’est aussi une affaire de personnes, de persévérance et de partenariats. Ses travaux ouvrent la voie à une exploitation plus judicieuse des sables bitumineux et démontrent que recherche et industrie peuvent avancer main dans la main pour relever des défis complexes.


