L’industrie des sables bitumineux et le traitement sécuritaire des eaux de mine

25 mars 2026

La rivière Athabasca (Alberta)

Depuis des décennies, les entreprises d’exploitation des sables bitumineux doivent leur réussite à une combinaison singulière de rigueur scientifique, d’ingéniosité et d’innovation technologique – autant d’atouts qui leur permettent de faire progresser cette industrie névralgique au Canada.

Des progrès ont notamment été réalisés dans le traitement des eaux de mine en vue de leur rejet sécuritaire dans l’environnement. Ils témoignent de la détermination de l’industrie à relever ce défi de taille et démontrent son engagement en faveur d’une exploitation responsable des ressources.

Le défi

L’eau est au cœur de l’exploitation des sables bitumineux et les entreprises en assurent une gestion à la fois prudente et respectueuse. Mais depuis de nombreuses années, les acteurs de l’industrie se heurtent à une difficulté : l’accumulation et le stockage des eaux en l’absence d’un cadre réglementaire qui permettrait de les traiter et de les rejeter de la même manière que le font d’autres secteurs.

On désigne par « eaux de mine » ou « eaux de résidus » l’ensemble des eaux gérées par les entreprises d’exploitation des sables bitumineux. Ce terme englobe les eaux de traitement (en grande partie recyclées lors de l’extraction), les eaux usées recyclées issues du processus de valorisation, ainsi que les eaux souterraines pompées avant et pendant l’exploitation. Selon la réglementation en vigueur, les eaux de mine et toutes les précipitations qui tombent sur les sites d’extraction à ciel ouvert (pluie ou fonte des neiges) doivent être stockées dans des installations conçues à cet effet. Étroitement surveillées afin de prévenir tout écoulement, ces installations sont destinées à recevoir ces eaux et les résidus, mais ne constituent pas une solution permanente.

À l’heure actuelle, seules les eaux qui n’ont pas été exposées aux procédés d’exploitation peuvent être traitées, analysées, puis rejetées dans un cours d’eau si elles satisfont aux exigences réglementaires. En conséquence, les sites d’exploitation des sables bitumineux abritent aujourd’hui certains des plus vastes réservoirs d’eaux industrielles au monde.

L’absence de cadre réglementaire permettant de traiter et de rejeter ces eaux est sans équivalent dans les autres industries en Alberta, au Canada ou à l’étranger. À l’instar des sites d’exploitation des sables bitumineux, les centrales électriques, les raffineries de gaz, les municipalités, les usines de transformation de la viande et les fabriques de pâtes et papiers produisent toutes des eaux usées. Il en va de même pour les sites canadiens d’exploitation minière du cuivre, du plomb et du zinc, du nickel, de l’or, du fer et des diamants. La différence essentielle réside dans le fait que chacune de ces industries peut traiter ses eaux usées selon des normes réglementaires rigoureuses, puis les rejeter dans leur milieu naturel. Faute de réglementation propre à l’industrie des sables bitumineux, les eaux de mine ne peuvent en revanche être rejetées dans les bassins versants.

Ce vide réglementaire entrave la remise en état et la fermeture des sites d’extraction à ciel ouvert. Malgré des efforts soutenus pour améliorer l’utilisation de l’eau et mettre au point des technologies de traitement, les entreprises d’exploitation des sables bitumineux ne pourront pas réintégrer totalement ces sites miniers dans leur environnement naturel et les restituer à une forêt boréale autonome.

Les entreprises ont le devoir et la responsabilité de remettre leurs sites entièrement en état. L’industrie prend cet engagement très au sérieux et s’y consacre pleinement. Toutefois, en raison de l’absence de réglementation fédérale sur les effluents et de directives provinciales propres à l’industrie des sables bitumineux, une remise en état complète des sites d’extraction demeure impossible.

« Le stockage permanent de l’eau empêche la remise en état complète des terres utilisées pour l’exploitation des sables bitumineux », explique Kendall Dilling, président de l’Alliance des sables bitumineux. « Cette remise en état constitue une exigence réglementaire à l’égard de notre industrie. Elle correspond aussi à une attente de la population canadienne, qui souhaite voir les travaux de restauration des sites progresser plus rapidement. »

La solution

Des technologies éprouvées, utilisées au Canada et dans le reste du monde, permettent aujourd’hui de traiter en toute sécurité les eaux industrielles. Depuis plus de 30 ans, les entreprises d’exploitation des sables bitumineux investissent considérablement dans la recherche environnementale, la modélisation et les démonstrations de technologies afin de comprendre comment appliquer au mieux ces traitements et ainsi permettre un rejet sécuritaire des eaux de mine.

Les eaux de mine issues de l’exploitation des sables bitumineux ne diffèrent pas fondamentalement des autres eaux industrielles, ni par leur composition ni par les méthodes de traitement utilisables avant leur rejet. Elles contiennent notamment des matières organiques, des sels, des solides en suspension et des métaux. Moyennant une surveillance et des contrôles rigoureux, des procédés permettent de traiter ces eaux à l’aide de technologies éprouvées, de manière à obtenir une qualité de l’eau généralement comparable à celle de la rivière Athabasca. L’industrie des sables bitumineux ne pourra réaliser ses objectifs et ses engagements en matière de remise en état des sites, de gestion de l’eau et de protection de l’environnement que si elle a la possibilité de traiter et de rejeter en toute sécurité les eaux de mine.

L’engagement de l’industrie

Située à proximité de plusieurs installations d’exploitation des sables bitumineux, la rivière Athabasca constitue un pôle de biodiversité remarquable et un site essentiel pour les communautés locales. Il s’agit également de l’un des écosystèmes les plus surveillés au monde, puisque la région abrite de nombreuses industries, en plus de celles du pétrole et du gaz, qui traitent et rejettent leurs eaux usées en toute sécurité.

« Nous avons conscience de l’importance capitale de la qualité des sols et de l’eau pour les communautés locales », souligne Kendall Dilling. « Nos entreprises membres s’engagent à collaborer étroitement avec les communautés autochtones, le gouvernement et l’ensemble des parties prenantes afin de garantir un traitement efficace et sécuritaire des eaux. »

L’Alberta Environment and Protected Areas, Environnement et Changement climatique Canada, les communautés autochtones et l’industrie ont récemment collaboré à la rédaction d’un rapport (en anglais) qui rend compte d’années de suivi et d’analyse de la qualité de l’eau dans la rivière Athabasca. L’une des conclusions majeures de ce travail était qu’« aucune tendance claire n’a été observée concernant un changement dans la qualité de l’eau de la rivière Athabasca lors de la comparaison de sites en amont et en aval des zones d’exploitation des sables bitumineux ».

Parallèlement, l’industrie continue à se mobiliser pour réduire sa consommation d’eau douce. En 2024, 78 % de l’eau utilisée pour l’exploitation des sables bitumineux était de l’eau recyclée1.

L’industrie des sables bitumineux a conscience que l’eau est une ressource précieuse et s’engage à poursuivre son dialogue avec les communautés autochtones. Les technologies et le savoir-faire existent pour traiter les eaux de mine selon des normes sûres et les rejeter dans l’environnement sans effet néfaste. Les gouvernements n’ont donc plus qu’à élaborer une réglementation et des directives propres à l’industrie afin que ces eaux puissent être traitées et rejetées en toute sécurité. Seules de telles mesures permettront une remise en état complète des sites d’extraction des sables bitumineux.

  1. AER – Water use performance (en anglais) ↩︎

Idées reçues et réalités au sujet des eaux de mine issues de l’exploitation des sables bitumineux

Voici une petite mise au point pour déboulonner les idées reçues et répondre aux questions les plus fréquentes.

Cliquez sur les triangles ci-dessous pour en savoir plus.

Idée reçue : Il n’est pas nécessaire de rejeter les eaux de mine issues de l’exploitation des sables bitumineux. D’autres solutions existent.
Réalité : Le rejet des eaux traitées est indispensable à une remise en état complète des sites d’extraction.

En effet, les solutions de remplacement, prises séparément ou ensemble, ne permettent pas d’éliminer un volume suffisant d’eau pour atteindre cet objectif. Il est donc nécessaire de rejeter les eaux de mine traitées pour rétablir une forêt boréale autonome, conformément aux attentes de l’industrie et de la population canadienne. À défaut, les sites continueront d’accumuler de l’eau, notamment sous forme de précipitations, même après la fin des activités. Cette situation empêche une remise en état complète des terres et leur retour à l’Alberta et à ses communautés.

Idée reçue : Les eaux traitées ne sont pas sécuritaires.
Réalité : De nombreuses industries traitent leurs eaux usées selon des normes environnementales rigoureuses, conformément à la réglementation gouvernementale en vigueur.

Les critères de rejet sont conçus pour protéger la santé humaine et l’environnement. Ils reposent sur des données scientifiques et des décennies de recherche ainsi que sur des lignes directrices internationales et fédérales (notamment celles du Conseil canadien des ministres de l’environnement). En Alberta, au Canada et dans le reste du monde, les eaux industrielles sont couramment traitées puis rejetées en toute sécurité dans les bassins versants à l’aide des mêmes technologies que celles envisagées pour l’industrie des sables bitumineux.

Idée reçue : L’eau rejetée devrait être potable.
Réalité : Le rejet sécuritaire des eaux permet de préserver la santé des milieux aquatiques et de la faune.

L’eau potable est toxique pour les poissons et ne constitue pas une référence pertinente pour évaluer l’innocuité des eaux de mine traitées. L’eau des rivières, comme celle des autres plans d’eau, est impropre à la consommation humaine, car elle contient naturellement des bactéries, des parasites et d’autres contaminants d’origine naturelle. Il est possible de traiter les eaux de mine afin de les rendre sûres pour les écosystèmes aquatiques et la faune, sans être pour autant potables. Les eaux rejetées feront l’objet d’un suivi afin de vérifier qu’elles demeurent globalement conformes à l’état naturel de la rivière et qu’elles n’ont aucun effet nocif pour les êtres humains, la faune ou la flore.

Idée reçue : Les eaux de mine issues de l’exploitation des sables bitumineux diffèrent des autres eaux industrielles.
Réalité : Les eaux de mine issues de l’exploitation des sables bitumineux présentent des propriétés analogues à celles des eaux usées provenant d’autres industries.

Elles ne diffèrent pas fondamentalement des autres eaux industrielles par la nature des substances qu’elles contiennent. Les mêmes méthodes de traitement sont donc transposables.

Idée reçue : Il n’existe pas de technologie permettant de traiter en toute sécurité les eaux de mine issues de l’exploitation des sables bitumineux.
Réalité : Des technologies existent et sont actuellement utilisées à cet effet.

Il s’agit de technologies bien maîtrisées, accessibles et capables de traiter efficacement les eaux de mine issues de l’exploitation des sables bitumineux. Ces solutions ne sont ni nouvelles ni expérimentales : elles sont déjà largement employées pour traiter des eaux industrielles qui contiennent des substances analogues.