L’énergie nucléaire à la manière albertaine
Une entreprise de Calgary veut installer des réacteurs sous terre pour aider à répondre au besoin croissant d’un approvisionnement fiable en électricité à faibles émissions de carbone.
7 octobre 2026

L’avenir de l’énergie canadienne se trouve à un kilomètre sous terre.
Voilà l’idée d’un innovateur de Calgary qui entend utiliser les formations géologiques naturelles pour y loger des structures de confinement souterraines destinées à abriter des réacteurs nucléaires de nouvelle génération. Ces réacteurs pourraient alors alimenter aussi bien des centres de données que des communautés éloignées ou des installations d’exploitation des sables bitumineux.
« Nous comptons tirer parti des atouts de l’Alberta et du Canada », déclare Paul Boone, fondateur et directeur de NuWells Energy. « Nous réunissons des décennies d’expertise en géologie, en forage et dans la chaîne d’approvisionnement du secteur pétrolier et gazier, tout en misant sur le leadership historique du Canada dans le domaine de l’énergie nucléaire. »
Les centrales nucléaires traditionnelles, comme les trois actuellement exploitées en Ontario, sont de grandes installations conçues sur mesure. Construites entre 1971 et 1990, les centrales ontariennes produisent environ 60 % de l’électricité de la province, mais ont coûté cher en raison des importantes quantités de béton nécessaires à la réalisation de leurs systèmes de confinement, un élément essentiel de leur sûreté. Le gouvernement ontarien a récemment autorisé Ontario Power Generation à construire une nouvelle centrale équipée de quatre petits réacteurs modulaires (PRM) sur son site de Darlington, au coût de 20,9 milliards de dollars. Par ailleurs, la réfection des installations traditionnelles existantes de Darlington et de Pickering, visant à prolonger leur durée de vie d’au moins 30 ans, coûtera au total 19 milliards de dollars.
À titre de comparaison, les PRM produisent de l’électricité à plus petite échelle, sans nécessiter de systèmes de confinement comparables. Leur taille permet de les transporter par camion, par train ou par barge jusqu’aux sites d’installation, ce qui facilite leur mise en place et réduit considérablement les coûts. De nombreux PRM intègrent des dispositifs passifs de sûreté qui reposent sur des forces naturelles, comme la gravité et la circulation naturelle, pour refroidir les réacteurs et maintenir leur stabilité. En situation d’urgence, ces dispositifs fonctionnent sans alimentation électrique externe ni intervention immédiate du personnel.
L’installation de réacteurs dans des puits de grand diamètre pourrait réduire le coût des structures de confinement et, par le fait même, celui de l’ensemble de la construction. Les formations géologiques environnantes offriraient un milieu stable et sûr pour leur exploitation.
« Toute région dont les caractéristiques géologiques se prêtent au forage de puits de grand diamètre, jusqu’à environ un kilomètre de profondeur, constitue un milieu d’exploitation idéal. Les premiers clients seront ceux qui paient actuellement très cher pour un approvisionnement en électricité fiable et stable, comme les industries lourdes, les communautés éloignées et les centres de données de nouvelle génération », explique Paul Boone. « Notre équipe compte six personnes qui possèdent de l’expérience en géologie, en forage et en génie des installations dans le secteur pétrolier et gazier, ainsi qu’en sûreté nucléaire. »
Après des décennies d’entreposage du combustible nucléaire usé dans des installations de confinement en surface, les centrales ont commencé à se tourner vers le sous-sol. D’ailleurs, la Société de gestion des déchets nucléaires a choisi une formation géologique souterraine dans le nord de l’Ontario pour y stocker ce combustible à long terme.
NuWells a dernièrement reçu une distinction dans la filière technologique, en plus de bénéficier du soutien d’Avatar Innovations, qui l’aide à développer et à commercialiser de nouvelles technologies. De son côté, Avatar reçoit du financement de l’Alliance des sables bitumineux, qui s’est engagée à appuyer les projets susceptibles de mener à des percées technologiques majeures qui feront progresser le secteur de l’énergie.
« Le soutien d’Avatar a été déterminant dans notre parcours. La plateforme nous a aidés à cibler beaucoup plus précisément une seule problématique cruciale, ce qui nous a permis d’élaborer un argumentaire très convaincant pour présenter notre solution », explique Paul Boone. « Nous aspirons à passer au stade du pilote d’ici cinq ans. »
Ce dernier estime que l’Alberta est le terrain d’essai idéal pour démontrer la faisabilité du projet. Au cours des dernières décennies, la province a en effet vu plusieurs concepts passer de la théorie à la pratique, comme celui du drainage par gravité au moyen de vapeur.
« C’est l’énergie nucléaire à la manière albertaine. En misant sur notre savoir-faire de premier plan dans le secteur pétrolier et gazier, nous pouvons établir une nouvelle référence pour l’industrie. Notre modèle pourrait devenir celui qui se prête le mieux au développement de l’énergie nucléaire à grande échelle dans le monde. »
* Visitez la page LinkedIn de NuWells (en anglais) pour en savoir plus sur l’entreprise.


