Portrait d’une innovatrice : Andrea Crook
30 juillet 2026

Pour Andrea Crook, l’innovation part d’un principe simple : des données de qualité mènent à des résultats de qualité. Et c’est pourquoi depuis plus de 20 ans, celle-ci se consacre à améliorer les données sismiques qui servent à cartographier le sous-sol au moyen d’ondes énergétiques et à localiser les gisements pétroliers et gaziers. Cofondatrice et directrice technique d’OptiSeis, elle aide des entreprises du Canada et d’ailleurs à repenser les méthodes de collecte des données sismiques afin de réduire leur empreinte environnementale et d’optimiser le processus décisionnel.
Une vocation scientifique
Originaire du Manitoba, Andrea se passionne très tôt pour les mathématiques, la physique et la résolution de problèmes. D’abord inscrite dans un programme universitaire conjoint en physique et en mathématiques, elle réalise rapidement qu’elle souhaite exercer un métier plus concret. Une conseillère d’orientation lui fait alors découvrir la géophysique, une discipline à la fois scientifique et pratique. Dès lors, Andrea sait qu’elle a trouvé sa voie.
Déjà entrepreneure dans l’âme, Andrea enseigne le piano dès l’âge de 13 ans pour contribuer à payer ses études, une expérience qui nourrit son goût du mentorat. À l’Université du Manitoba, elle est aussi la seule femme de sa promotion en géophysique, ce qui lui permet d’acquérir une indépendance et une force de caractère qui marqueront la suite de sa carrière.
Un parcours atypique
Andrea s’installe ensuite à Calgary et débute sa carrière dans le traitement des données sismiques chez Shell Canada, où elle constatera rapidement que plusieurs problèmes survenant lors du traitement des données prennent naissance dès la collecte sur le terrain.
Au lieu d’emprunter la voie classique de l’interprétation des données sismiques, elle choisit de se tourner vers leur acquisition, la première étape du processus. Son objectif est simple : régler les problèmes à la source plutôt qu’après coup.
Le travail de terrain lui révèle alors un second enjeu, mais d’ordre environnemental cette fois. En forêt, les levés sismiques exigent souvent le déboisement de longues bandes quadrillées, parfois sur l’équivalent de plusieurs pâtés de maisons. Ces corridors peuvent perturber les écosystèmes et modifier les déplacements de la faune. Témoin directe de ces répercussions, Andrea décide donc de revoir entièrement la manière de recueillir les données.
La naissance d’OptiSeis
En 2011, Andrea et son mari Cameron fondent OptiSeis, un cabinet-conseil spécialisé dans la production d’une imagerie du sous-sol à la fois abordable, ultraprécise et plus écologique. Visionnaires, ils misent sur le télétravail bien avant qu’il ne se généralise et investissent dans les talents et les outils numériques plutôt que dans des espaces de bureaux.
Leur équipe de cinq personnes met au point osDesignMC, une plateforme logicielle conçue pour optimiser et automatiser la conception ainsi que la planification des levés sismiques. Ce qui n’était au départ qu’un simple outil interne devient rapidement un logiciel commercialisable.
Entre 2016 et 2019, OptiSeis concentre ses efforts sur les travaux en lien avec les sables bitumineux en concevant des programmes de levés sismiques et en évaluant de nouvelles technologies. Cette expertise répond à une priorité croissante de l’industrie, adoptée en partie sous le leadership de la COSIA, branche innovation de l’Alliance des sables bitumineux : améliorer la performance environnementale tout en préservant la qualité des données. L’entreprise décroche même une place au concours international Imperial Technology Challenge pour ses travaux sur de nouvelles géométries d’acquisition de données sismiques, avant que la pandémie ne vienne tout arrêter.
La pandémie, catalyseur d’innovation
Quand la pandémie force l’arrêt des activités sur le terrain, OptiSeis se tourne vers la recherche et le développement. Forte de ses travaux antérieurs sur l’utilisation des sols et les défis environnementaux des sables bitumineux, l’équipe met au point EcoSeisMC.
Cette technologie novatrice permet aux exploitants d’obtenir des images sismiques haute résolution tout en limitant les perturbations en surface. Élaborée selon les priorités du secteur préalablement définies par la COSIA, elle constitue une véritable percée, car elle intègre la protection de l’environnement et la comptabilisation des gaz à effet de serre dans la conception et dans l’exécution des collectes de données sismiques.
Là où la prospection traditionnelle exige le déboisement de larges bandes en quadrillage – une approche qui vient souvent perturber les écosystèmes et rendre des espèces comme le caribou plus visibles pour les prédateurs –, EcoSeisMC privilégie une géométrie différente qui préserve une plus grande partie du couvert végétal.
Grâce à des algorithmes exclusifs, EcoSeisMC analyse des données biologiques, écologiques et géographiques pour concevoir des levés sur mesure. La collecte de données s’effectue ensuite sur le terrain à l’aide de sources ou de capteurs classiques pour créer et enregistrer les ondes énergétiques, ou grâce à des équipements miniaturisés qui réduisent encore plus l’étendue du déboisement. Les données ainsi recueillies sont enfin traitées par les algorithmes.
En optimisant le positionnement des sources et des récepteurs, EcoSeisMC réduit jusqu’à 50 % l’empreinte des levés sur le territoire[i], tout en limitant la consommation de carburant, les émissions de GES et la perturbation des corridors fauniques.
Le succès de cette technologie fait écho à un principe cher à Andrea : en améliorant les procédés à la source, on gagne sur toute la ligne.
À la recherche de capitaux
Pour faire passer EcoSeisMC de la théorie à la pratique, Andrea s’emploie à trouver le financement nécessaire à la poursuite des recherches et des essais. Son député fédéral la met alors en contact avec Alberta Innovates, qui accepte de financer les premiers travaux, à condition qu’un partenaire sectoriel se joigne au projet. C’est la COSIA qui répond à l’appel, ouvrant à OptiSeis les portes de son vaste réseau d’entreprises membres afin de les aider à relever des défis communs.
Grâce aux données fournies par des membres de la COSIA, une simple étude préliminaire finit par évoluer vers des essais rigoureux qui confirment la validité du concept EcoSeisMC.
Cette démonstration de faisabilité ouvre la voie à une nouvelle ronde de financement. Le Clean Resource Innovation Network, le PARI-CNRC et la COSIA subventionnent alors le premier essai technique sur le terrain. Puis, en 2024, Emissions Reduction Alberta accorde cinq millions de dollars pour venir en appui à la dernière phase d’essais (en cours) précédant la commercialisation.
Des solutions porteuses
Aujourd’hui, OptiSeis propose des services-conseils et des solutions logicielles, dont EcoSeisMC, maintenant pleinement intégré à sa plateforme. Son réseau s’est agrandi à plus de 75 collaborateurs et collaboratrices dans le monde, autour de 4 grands volets :
- Conception de levés sismiques et services-conseils (2D, 3D, 4D, profils sismiques verticaux, sismique répétée et sismique passive);
- Conseil en géosciences (interprétation, analyse et R-D);
- Modélisation et traitement de profils sismiques verticaux;
- Logiciels d’acquisition de données sismiques (plateforme osDesignMC).
OptiSeis maintient également une présence à l’ETC Foundation, à Calgary, un carrefour d’échanges où de jeunes entreprises et des acteurs établis collaborent pour faire progresser l’innovation dans le secteur de l’énergie.
Andrea s’en tient à une philosophie simple : « Le mieux est souvent l’ennemi du bien. Il existe rarement une solution parfaite, mais c’est en restant curieux, en collaborant et en continuant d’avancer que l’on fait progresser les choses. »
[i] [1] Alliance des sables bitumineux. 2024 Mine & In Situ Research Report, mars 2025, p. 123-132, https://oilsandsalliance.ca/research/2024-mine-in-situ-research-report/. (en anglais)


