De Calgary à la Silicon Valley (et vice-versa) : temps forts de la carrière de notre vice-présidente aux affaires juridiques et services généraux

24 juillet 2026

Dossiers captivants, enjeux majeurs, possibilité de changer les choses : les adeptes de séries judiciaires comme La loi de Los Angeles et Matlock peuvent comprendre facilement le pouvoir d’attraction de la plaidoirie. Dès son jeune âge, Brenda Leeds Binder se voyait plaider devant les tribunaux, mais elle était loin de s’imaginer que l’ingénierie, l’innovation et le droit allaient converger pour la mener des salles d’audience jusqu’aux salles de conseil… et bien au-delà.

Originaire de Calgary, Brenda s’est très tôt découvert une passion pour la lecture, si bien qu’à neuf ans, elle avait déjà terminé tous les romans de la série Nancy Drew. Après le secondaire, son intérêt pour les mathématiques et les sciences la mène vers la poursuite d’un baccalauréat en génie mécanique à l’Université de Calgary. Pendant l’été, elle travaille à l’usine de traitement du gaz naturel Wildcat Hill de Petro-Canada ainsi qu’au bureau de Norcen Energy à Drayton Valley. C’est là qu’elle fait ses premiers pas dans le secteur de l’énergie, qu’elle retrouvera plus tard au cours de sa carrière. Diplôme de génie en main, elle s’inscrit directement à la Faculté de droit de l’Université de l’Alberta.

Début de carrière

À sa sortie de la Faculté de droit, Brenda travaille comme auxiliaire pour un juge de la Section de première instance de la Cour fédérale, à Ottawa. Cette année marque alors un tournant décisif : Brenda réalise que la plupart des causes ne se rendent jamais jusqu’au procès. Si son rêve de plaider commence alors à s’estomper, cette expérience renforce son intérêt pour le droit de la propriété intellectuelle, un domaine qui définira la suite de sa carrière.

De retour à Calgary, Brenda fait ses débuts au cabinet Burnet, Duckworth & Palmer (BD&P), tout en préparant son admission au Barreau de l’Alberta, puis l’obtention de son titre d’agente de marques de commerce. Elle travaillera cinq ans chez BD&P et contribuera même à créer un groupe de pratique en propriété intellectuelle. Néanmoins, à l’époque, les occasions d’exercer comme agente de brevets sont rares à Calgary, ce qui pousse Brenda et son mari à aller tenter leur chance dans la Silicon Valley.

« Il est important de prendre des risques au cours de sa carrière. C’en était un de quitter BD&P, où j’étais en voie de devenir associée d’ici quelques années, pour m’installer dans un autre pays et exercer dans un domaine où je n’avais pas d’expérience. Ce fut toutefois une occasion d’apprentissage extraordinaire! »

Le droit des brevets à la Silicon Valley

Le couple s’installe en Californie au début des années 2000, en plein apogée de l’Internet. La Silicon Valley fourmille alors de jeunes entreprises et de géants technologiques, des conditions idéales pour permettre à Brenda de se spécialiser en droit des brevets. Mais avant de se lancer, elle a dû se replonger dans les livres pendant un programme intensif de huit semaines à Stanford visant à la préparer à passer le Barreau de la Californie.

« C’était amusant d’étudier aux côtés de nouveaux diplômés en droit de Stanford. Il y avait énormément de matière à assimiler et d’examens à réussir! »

Une fois admise au Barreau de la Californie, elle obtient son titre d’agente de brevets aux États-Unis et se joint à Fish & Richardson, un prestigieux cabinet spécialisé en droit de la propriété intellectuelle, où elle conseille des clients comme Google, Apple, Adobe et SAP. Son diplôme en génie s’avère essentiel à cet égard, puisque la réglementation américaine exige une formation scientifique pour exercer dans ce domaine.

Cinq ans plus tard, la naissance de son premier enfant sonne l’heure du retour à Calgary. Une fois réinstallée au Canada, elle conserve ses fonctions chez Fish & Richardson pendant six ans. Brenda travaille à distance, bien avant que cette pratique ne devienne courante pendant la pandémie, et cette formule lui offre la souplesse nécessaire pour poursuivre sa carrière juridique tout en consacrant plus de temps à sa famille grandissante.

Au service de l’innovation énergétique

Prête à retrouver la vie de bureau, Brenda effectue un retour aux sources dans le domaine de l’énergie en 2011. Elle décroche alors le poste de ses rêves : juriste d’entreprise spécialisée en brevets chez Suncor.

« L’un de mes premiers dossiers a été de contribuer à la création de la COSIA. C’était un défi de taille puisqu’il consistait à mettre en place un vaste accord de concession réciproque de licences en propriété intellectuelle pour 14 entreprises. »

La COSIA (aujourd’hui la branche innovation de l’Alliance des sables bitumineux) réunissait des entreprises concurrentes autour d’un objectif commun : accélérer l’innovation par la collaboration. Brenda a participé à la négociation et à la rédaction des ententes-cadres en collaboration avec les juristes de chacune des organisations dans le but de permettre le codéveloppement et le partage de technologies tout en assurant la gestion des risques juridiques et en respectant les règles de concurrence.

À la tête des dossiers de propriété intellectuelle chez Suncor, Brenda est aux premières loges de l’innovation qui prend forme au sein de l’entreprise.

« Mon équipe suivait de près les technologies mises au point par le groupe de recherche de Suncor. J’ai eu l’occasion de visiter les moindres recoins de nos installations à plusieurs reprises, notamment le site minier, où j’ai pu voir à l’œuvre les pelles mécaniques et les immenses camions. »

En 2018, Brenda passe du droit au développement régional chez Suncor, où elle est responsable de l’élaboration des technologies externes. À ce titre, elle représente Suncor au sein du conseil d’administration et du comité directeur des actionnaires de la COSIA.

« Quitter les affaires juridiques représentait un certain risque à l’époque. Pourtant, ça m’a permis de mieux connaître l’entreprise, d’acquérir de nouvelles compétences et d’enrichir mon expérience. Et en fin de compte, c’est ce qui m’a ramenée vers le droit. »

À la fin de 2021, Brenda intègre le groupe de Suncor consacré au développement durable, où elle dirige une équipe intégrée chargée de concevoir la structure organisationnelle de l’Alliance nouvelles voies (aujourd’hui l’Alliance des sables bitumineux) et de mettre cette dernière sur pied. L’année suivante, elle est détachée de son poste chez Suncor pour assumer la fonction de vice-présidente aux affaires juridiques au sein de l’Alliance. Son mandat s’étendra ensuite aux services généraux, responsabilité qu’elle endosse encore aujourd’hui.

Au-delà du travail

Pour Brenda, le leadership ne s’arrête pas aux portes du bureau. Après les inondations qui ont gravement touché sa maison et son quartier en 2013, elle participe à la création du CRCAG (Calgary River Communities Action Group). L’organisme collabore avec les différents ordres de gouvernement pour faire avancer les mesures de protection contre les crues des rivières Bow et Elbow. Pendant les 10 années suivantes, Brenda en sera l’administratrice et la coprésidente, un rôle qui lui vaudra la Médaille du jubilé de platine de la reine Elizabeth II en 2023. Sa plus grande fierté demeure toutefois l’inauguration du réservoir hors cours d’eau de Springbank, un important projet du gouvernement de l’Alberta, mis en service à temps pour la saison des crues de 2025 dans le but de limiter les débordements de la rivière Elbow. Après plus de 10 ans de mobilisation et des centaines d’heures de bénévolat consacrées à ce projet de près de 850 millions de dollars, Brenda estime que le CRCAG lui a appris la force du leadership communautaire et l’importance de défendre ses convictions. Lorsque la rivière Elbow est montée dangereusement en juin dernier, le réservoir a rempli son rôle pour la toute première fois en évitant des inondations catastrophiques à Calgary. Pour Brenda, c’était la confirmation de la pertinence du projet. 

Dans sa vie privée, Brenda adore rassembler ses proches et ses amis au chalet familial, dans la région du lac Shuswap, ou autour d’un bon repas. Mère de trois enfants, cette « maman de hockey » assumée passe d’innombrables heures à l’aréna, où elle s’improvise parfois DJ pour motiver les équipes de ses enfants pendant les matchs.

Avec le recul, le parcours de Brenda rappelle qu’une carrière est rarement linéaire. Bien souvent, ce sont la curiosité, les risques calculés et le courage de relever de nouveaux défis qui nous permettent d’évoluer. Du génie à la propriété intellectuelle, de la Silicon Valley à Calgary, de la direction des affaires juridiques aux partenariats collaboratifs, l’histoire de Brenda nous montre jusqu’où la ténacité et le travail acharné peuvent mener.